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PageSpeed Insights vs. Lighthouse : quelles différences ?

Eroan Boyer

13 septembre 2022

11 minutes

Depuis 2020, Google a développé un vaste écosystème d’outils visant à analyser la performance des sites web sous l’angle des Core Web Vitals. Certains reposent sur des données d’utilisateurs réels, alors que d’autres se basent sur les données de tests lancés à la demande. Pour bien comprendre ce qui différencie l’outil PageSpeed Insights de l’extension navigateur Lighthouse, il convient avant tout de se pencher sur ces deux familles d’outils.

Quelle différence entre données de terrain et de laboratoire ?

Les données de terrain sont collectées auprès de vos visiteurs réels pendant leur navigation ; les données de laboratoire proviennent d’un chargement rejoué dans des conditions contrôlées. Les premières mesurent ce qui se passe, les secondes expliquent pourquoi. Aucune ne remplace l’autre, et leurs chiffres ne coïncident jamais exactement.

Il existe deux moyens d’étudier le niveau de performance d’une page ou d’un site web. L’un n’est pas meilleur que l’autre : ils se complètent afin de dresser un état des lieux le plus exhaustif possible de l’Expérience Utilisateur.

Que sont les données terrain ?

Les données de terrain, ou données field, sont relevées sur les appareils et les connexions de vos visiteurs, puis agrégées au 75e percentile. La base publique de référence est le Chrome User Experience Report, alimentée par les utilisateurs de Chrome. Ce sont ces données que Google utilise pour évaluer les Core Web Vitals.

Les « données terrain » sont récoltées auprès d’utilisateurs réels durant leur navigation web. La seule base de données webperf accessible publiquement est le Chrome User Experience Report (CrUX), qui consolide l’expérience des utilisateurs du navigateur Google Chrome (multi-plateformes à l’exception notable d’iOS). Plusieurs conditions sont toutefois nécessaires pour que la récolte de ces précieuses informations soit activée :

  • être connecté à son compte Google ;
  • avoir activé le partage des statistiques d’utilisation ;
  • avoir activé la synchronisation de l’historique ;
  • ne pas avoir activé de cryptage des données du compte.
Contribuer à l'amélioration des performances dans Chrome : option des préférences utilisateur
Vous avez coché cette option dans les préférences de Google Chrome ? Vous partagez probablement les données de performance !

De nombreux utilisateurs du navigateur partagent ainsi, bien souvent sans même en être conscients, de nombreuses informations sur la façon dont les sites qu’ils visitent se chargent. Consolidées au sein du CrUX, elles constituent une mine d’information inestimable pour Google. Ce sont notamment ces données qui sont mises à contribution dans le cadre du volet Page Experience, et dans l’onglet Signaux Web Essentiels de la Google Search Console.

Étant donné que ces données sont récoltées auprès de multiples utilisateurs, elles sont sujettes à une forte variabilité : selon leur localisation, leur type de connexion, leur matériel ou encore les extensions de leur navigateur web, deux utilisateurs n’auront jamais la même expérience de visite d’une page web, et donc les mêmes indicateurs de performance. C’est la raison pour laquelle on travaille avec des moyennes/percentiles et la fameuse jauge de répartition en trois segments, très visuelle :

Jauge de visualisation des Core Web Vitals
Grâce à ces jauges, on peut rapidement visualiser la répartition des bons, moyens et mauvais scores dans les Core Web Vitals

Que sont les données de laboratoire ?

Les données de laboratoire, ou données synthétiques, proviennent d’un chargement déclenché à la demande sur une machine et un réseau simulés. Elles sont reproductibles, disponibles immédiatement et détaillées jusqu’à la ligne de code. Elles ne disent rien de vos visiteurs réels, mais elles seules permettent de diagnostiquer.

Également appelées données synthétiques, elles sont récoltées à la demande dans l’objectif bien précis d’analyser la webperf. Leur analyse peut être lancée depuis le terminal d’un utilisateur (via un navigateur par exemple) ou bien à travers une infrastructure serveur dédiée, grâce à des crawlers. C’est notamment ce que proposent les outils d’audit comme WebPageTest, GTmetrix et consorts.

Dans ce second cas, l’intérêt est de s’assurer que les conditions du test restent inchangées dans le temps : mêmes ressources CPU et mémoire, même connexion réseau (débits et latence…). Cette maîtrise de l’environnement technique permet de réaliser des comparaisons d’un même site dans le temps, ou bien encore entre différents sites en étant certain d’avoir des indicateurs de mesure fiables et stables.

À l’inverse des données terrain, l’objectif est d’obtenir des métriques de performance uniques. Ils s’expriment ainsi en unités de mesure temporelles (FCP, LCP, Speed Index, Total Blocking Time…) ou en indice (Cumulative Layout Shift), le tout associé à une couleur : vert pour le « bon », orange pour le « à améliorer » et rouge pour le « lent ».

Quels sont les points communs entre PageSpeed Insights et Lighthouse ?

Les deux outils exécutent le même moteur d’analyse, Lighthouse, et produisent donc le même score de performance et les mêmes recommandations sur une page donnée. PageSpeed Insights est Lighthouse exécuté sur les serveurs de Google, avec une configuration réseau et matérielle imposée.

PageSpeed Insights et Lighthouse offrent tous deux la possibilité de lancer des analyses synthétiques de façon instantanée. Le premier effectuera le test via l’architecture serveur de Google, alors que le second utilisera votre propre navigateur et connexion Internet. Les données de laboratoire ainsi récupérées sont consolidées au sein d’une interface très similaire visuellement et pour cause : cette brique de PageSpeed Insights repose sur Lighthouse. Elle se décline pour mobile et ordinateur de bureau (desktop).

Capture d'écran de Lighthouse
Dans PageSpeed Insights comme dans Lighthouse, les résultats de l’analyse synthétique se présentent sous cette forme

Cette mise en page commune se décompose en trois sections principales :

  1. Un score de performance global sur 100, calculé en toute transparence à partir des métriques de performance et des Core Web Vitals. Il faut être au-dessus des 50% pour passer du rouge à l’orange, et au-dessus de 90% pour être dans le vert.
  2. Les 5 statistiques de performance principales, dont les métriques Largest Contentful Paint (LCP), Total Blocking Time (TBT) et Cumulative Layout Shift (CLS) censées refléter le plus fidèlement possible la qualité de l’expérience utilisateur.
  3. Une vue pellicule présentant visuellement les étapes de chargement de la page. Elle permet de détecter rapidement les problématiques de temps de réponse serveur trop élevés (TTFB), de mauvaise priorisation des ressources (image de LCP par exemple) ou encore les Layout Shifts.

Que ce soit pour PageSpeed Insights comme Lighthouse, il convient de prendre du recul sur ces données : elles ne correspondent qu’à une capture à l’instant T et dans des conditions qui ne reflètent probablement pas celles de vos visiteurs réels. Avoir un bon score global et des métriques dans le vert ne garantit pas mécaniquement que le site passe les Core Web Vitals dans les données terrain.

C’est un outil de test qui peut servir à vérifier l’impact d’un déploiement ou à monitorer un site afin d’éviter les régressions côté webperf. Mais il ne doit jamais au grand jamais être considéré comme une validation de la qualité d’un site par Google : seules les données terrain récupérées dans le Chrome User Experience Report comptent.

Votre site est-il aussi rapide que vos visiteurs l’espèrent ?

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Quelles sont les différences entre PageSpeed Insights et Lighthouse ?

PageSpeed Insights ajoute les données de terrain issues du CrUX, absentes de Lighthouse ; Lighthouse, en local, analyse quatre volets au lieu d’un seul et accepte les pages non publiques. L’un sert à situer un site, l’autre à le diagnostiquer, y compris en préproduction ou derrière une authentification.

CritèrePageSpeed InsightsLighthouse
Données de terrainOui, via le CrUXNon
Données de laboratoireOui, moteur LighthouseOui, en local
Volets analysésPerformancePerformance, accessibilité, bonnes pratiques, SEO
Environnement d’exécutionServeurs Google, imposéVotre machine, paramétrable
Pages privées ou localesNonOui
Usage recommandéSituer et suivreDiagnostiquer et recetter

La ligne décisive de ce tableau est la première. Seul PageSpeed Insights expose les données de terrain, celles que Google utilise pour évaluer votre site : un score de laboratoire à 100 sur une page dont les Core Web Vitals de terrain sont mauvais ne vaut rien. L’inverse est vrai aussi, et bien plus fréquent qu’on ne le croit.

Au-delà de leur volet d’analyse de la performance synthétique, PageSpeed Insights et Lighthouse offrent chacun un volet complémentaire à forte valeur ajoutée. Tous deux s’avèrent utiles dans le cadre de l’analyse technique approfondie d’un site.

Lighthouse : au-delà de la performance

Lighthouse ne se limite pas à la performance : il analyse aussi l’accessibilité, les bonnes pratiques et le référencement, chacun noté sur 100. Ces trois volets sont absents du score public de PageSpeed Insights. C’est ce qui en fait un outil de recette, exécutable avant chaque mise en production.

Si l’extension Lighthouse pour Google Chrome et Firefox est un outil très populaire pour étudier la webperf d’une page, elle ne se limite pas à cette catégorie d’analyses. Quatre volets peuvent ainsi être activés au besoin afin d’offrir une vision plus ou moins exhaustive de l’état des lieux technique d’un site :

  • Performances : le site est-il rapide à charger et utilisable dans de bonnes conditions ?
  • Accessibilité : la page est-elle accessible au plus large panel d’utilisateurs possible ?
  • Bonnes pratiques : la page est-elle développée dans le respect des standards html, CSS et JavaScript ?
  • SEO : la page adopte-t-elle les optimisations on-site de base pour le référencement naturel ?

La web performance étant une discipline technique pointue, il est courant pour les experts d’aborder des sujets comme l’accessibilité, les bonnes pratiques ou le SEO. Si bien que les volets complémentaires de Lighthouse s’avèrent parfois judicieux pour prendre la température sur ces sujets. Il s’agit d’une première approche qui ne peut qu’enrichir la compréhension des problématiques techniques d’un site.

Capture d'écran des 5 scores Lighthouse
Notre site est par exemple très bon en performance, bonnes pratiques et SEO mais pèche côté accessibilité. Arf, ces fichus contrastes…

PageSpeed Insights : les données terrain en plus

PageSpeed Insights affiche, au-dessus du score de laboratoire, les Core Web Vitals réellement mesurés sur votre site par les utilisateurs de Chrome. Cette section n’apparaît que si votre trafic suffit à alimenter le CrUX. Son absence signale un site trop peu visité pour figurer dans la base publique.

Comme nous l’avons vu précédemment, des données laboratoire seules ne peuvent et ne doivent pas suffire à juger de la performance d’un site web. C’est la raison pour laquelle PageSpeed Insights intègre un large volet consacré aux données terrain, et que ce dernier est présenté en tout premier, avant même les résultats de l’analyse synthétique. Il convient ainsi de bien distinguer la section « Découvrez l’expérience de vos utilisateurs » (données terrain) de celle labellisée « Analysez les problèmes de performances » (données labo).

Signaux Web Essentiels dans PageSpeed Insights
PageSpeed Insights permet d’étudier les données terrain (utilisateurs réels) grâce à ce panneau

Cet outil étant particulièrement riche et intéressant, nous allons décomposer ensemble les sections qui le composent :

  1. À droite du titre, un toggle permet de basculer entre les métriques propres à la page (Cette URL) et celles de l’ensemble du site (Origine). La vue Origine peut s’avérer très utile pour détecter des problématiques de webperf transversales.
  2. En haut au centre, il est indiqué si la page ou le site passent ou non l’évaluation des Signaux Web essentiels. Dans notre capture d’écran, la page est en échec.
  3. On retrouve au centre les métriques de performance, dont les fameux Core Web Vitals. Étant donné qu’il s’agit de données terrain, c’est la présentation en barres introduite plus haut qui est utilisée. En un coup d’œil, on détecte ici que c’est le LCP qui pose problème à une majorité de visiteurs, suivi par le FCP et l’INP.
  4. La dernière section sur fond gris détaille les conditions de captation des données utilisées. L’une des informations importantes qui y figurent est la mention de la période de collecte : 28 jours glissants. Les Signaux Web essentiels font l’objet d’une forme d’inertie (certains diront lenteur) : ils ne sont pas mis à jour en temps réel car cela réclamerait trop de ressources serveur à Google.

Comment interpréter un score Lighthouse ?

Un score Lighthouse se lit en trois paliers : de 90 à 100 le score est bon et s’affiche en vert, de 50 à 89 il demande des correctifs et s’affiche en orange, en dessous de 50 il est mauvais et s’affiche en rouge. Ce score n’est pas une note de qualité du site, mais l’agrégation pondérée de cinq métriques de laboratoire.

La pondération explique la plupart des incompréhensions. Le score de performance ne traite pas les cinq métriques à égalité : certaines pèsent trois fois plus que d’autres dans le calcul. Gagner dix points ne demande pas le même effort selon la métrique visée, et deux sites au même score peuvent avoir des profils opposés.

Deuxième source de confusion : la variabilité. Deux exécutions successives sur la même page donnent couramment des scores écartés de plusieurs points, selon la charge du réseau, celle de votre machine et les scripts tiers du moment. Un écart de moins de cinq points n’est pas un signal, c’est du bruit de mesure.

Enfin, le score de laboratoire n’a aucune valeur de classement. Google n’utilise pas le score Lighthouse comme critère de référencement : il utilise les Core Web Vitals mesurés sur le terrain, au 75e percentile. Viser 100 sur Lighthouse est un moyen, jamais l’objectif, et un site peut très bien passer les Core Web Vitals avec un score de 75.

Quel outil choisir entre PageSpeed Insights et Lighthouse ?

Utilisez PageSpeed Insights pour savoir où vous en êtes, Lighthouse pour comprendre pourquoi et corriger. Le premier arbitre, puisqu’il porte les données que Google utilise ; le second diagnostique, sur n’importe quelle page, même privée. Se fier au seul score de laboratoire est l’erreur la plus fréquente.

Vous l’aurez compris, les deux outils permettent d’aborder la web performance sous un angle particulier. Nous ne pouvons pas vous en recommander un plutôt que l’autre et pour cause : ils se complètent à tous les niveaux. Mieux encore, ils ne doivent dans l’idéal constituer qu’une brique de votre écosystème d’outils de test et de monitoring.

À l’Agence Web Performance où nous réalisons quotidiennement des audits de webperf, nous utilisons en complément d’autres outils qui ne sont pas développés par les équipes de Google. C’est le cas de Webpagetest et de GTmetrix, qui offrent des possibilités bien plus nombreuses et poussées en termes d’options de test. Et de dizaines d’outils complémentaires bien plus spécifiques, soit portés sur une métrique en particulier (CLS tout particulièrement), soit sur certains aspects pointus (sécurité, en-têtes http, polices d’écriture…).

Capture d'écran du rapport WebPageTest de l'Agence Web Performance
WebPageTest est un formidable outil pour analyser la webperf d’une page : il offre de multiples options à forte valeur ajoutée

Dans l’absolu, les seules données dont on ne peut se passer sont celles du Chrome User Experience Report. Or, si vous avez activé la Google Search Console, vous y avez déjà accès via l’onglet Signaux Web essentiels avec bien plus de détails que dans PageSpeed Insights. Ni PageSpeed Insights, ni Lighthouse ne sont ainsi indispensables : l’essentiel est de vous assurer que votre site est rapide, pourquoi pas en vous reposant sur l’expertise d’un spécialiste comme l’Agence Web Performance 😉

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