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Comment (bien) choisir son thème WordPress ?

Eroan Boyer

1 novembre 2022

9 minutes

Dans le cadre du WordCamp de Lyon 2022, j’ai tenu une conférence sur mon sujet de prédilection : la web performance. Parmi les nombreux sujets abordés figurait celui du choix du thème et de son impact sur la webperf, mais aussi sur la résilience, sur l’évolutivité et sur d’autres concepts tous étroitement liés à la notion de qualité. C’est un sujet essentiel sur lequel j’aimerais revenir un peu plus en détails dans le cadre d’un billet, en vous expliquant la démarche que je considère être la bonne.

Eroan Boyer, au WordCamp de Lyon, pour sa conférence sur WordPress et la webperf
C’est moi, au WordCamp de Lyon, pour ma conférence sur WordPress et la webperf. Elle est disponible en Replay intégral ici.

À l’instar de la slide de ma présentation dédiée au sujet, je vais aborder le sujet en détaillant ce qu’il ne faut absolument pas faire. De nombreux utilisateurs WordPress reproduisent en effet les mêmes erreurs, avec un impact majeur sur la performance et la création d’une dette technique dont il est par la suite extrêmement difficile de s’affranchir. Cela pénalise l’Expérience Utilisateur, le SEO et encore bien d’autres composantes essentielles au succès d’un projet de création de site web.

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Pourquoi ne faut-il pas choisir un thème pour son design ?

Parce qu’un design se refait, alors qu’une base technique se subit. Trois critères conduisent régulièrement à un mauvais choix : l’apparence de la démo, des fonctionnalités pointues qu’un plugin dédié assurerait mieux, et la promesse du thème couteau suisse. Ces trois arguments produisent les thèmes les plus lourds du marché.

… son design !

Vous avez une idée bien précise de ce que vous souhaitez en termes de design, d’ambiance et de couleurs. Pour trouver le thème qui conviendra à votre nouveau site, vous avez parcouru des bibliothèques de thèmes jusqu’à en trouver un qui correspond à vos goûts et besoins ? C’est une grave erreur : en choisissant un thème pour son look, vous allez passer à côté de multiples aspects complémentaires tout aussi, sinon plus importants !

Joli ce thème, non ? Ne vous arrêtez surtout pas à ce critère !
Joli ce thème, non ? Ne vous arrêtez surtout pas à ce critère !

Il vous convient aujourd’hui, mais qu’est-ce qui vous fait dire que ce sera le cas dans 6 mois ou dans 2 ans ? Si vos besoins évoluent, ce thème sera-t-il capable de s’y adapter facilement ? La bonne démarche consiste donc à se tourner vers un thème personnalisable via le Customizer, et dont vous personnaliserez la mise en page grâce à un constructeur de page, idéalement Gutenberg. Ce thème devra également proposer un système de hooks intégré, afin de greffer les contenus de votre choix là où vous le souhaitez.

Ce type de thèmes est encore rare, mais plusieurs figurent heureusement parmi les plus populaires du répertoire WordPress officiel. Vous pouvez ainsi installer les yeux fermés les très populaires Astra, GeneratePress et Blocksy, qui constituent une base solide quel que soit votre projet.

… ses fonctionnalités pointues !

Vous avez des besoins très spécifiques pour votre projet et cherchez un thème capable d’y répondre ? C’est une grave erreur : un thème doit gérer l’architecture d’un site, mais pas ses fonctionnalités avancées. On privilégiera ainsi systématiquement un thème généraliste et solide techniquement (avec une base d’utilisateurs importante, un support actif et une documentation complète).

Les fonctionnalités très spécifiques doivent être prises en charge par une extension. Il n’existe pas d’exceptions à cette règle : que ce soit pour la création d’une plateforme d’apprentissage (LMS), d’un annuaire géographique ou encore d’un portfolio, il est essentiel de ne pas se rendre prisonnier d’un thème spécialisé. L’idée est, là aussi, de ne pas se fermer de portes le jour où le projet évolue et que l’on souhaite proposer via son site de nouveaux types de contenus.

… son côté couteau suisse !

Vous avez lu les 2 volets précédents de cet article et pensez donc qu’un thème avec une « feature list » longue comme un bras sera idéal ? C’est, à nouveau, une grave erreur : un bon thème WordPress n’a pas besoin d’anticiper des centaines de fonctionnalités. Il propose en revanche des mécanismes accessibles qui permettent de les implémenter facilement. C’est une démarche très différente : dans un cas, le thème vous enferme dans ses propres interfaces, avec ses limites intrinsèques. Dans l’autre, il vous donne les clés pour mettre en place ce dont vous avez très précisément besoin.

C'est rassurant, de se dire qu'on peut avoir accès à 150 fonctionnalités en 1 clic ! Et pourtant...
C’est rassurant, de se dire qu’on peut avoir accès à 150 fonctionnalités en 1 clic ! Et pourtant…

Méfiez-vous donc des thèmes comme Avada ou Enfold, dont les descriptions promettent monts et merveilles quel que soit le type de site à créer. Ils sont bien souvent inutilement lourds, aussi bien au sein de l’interface d’administration que pour les visiteurs. Les thèmes proposés sur les boutiques comme ThemeForest et TemplateMonster ont globalement tendance à rentrer dans cette case. En privilégiant les thèmes du répertoire WordPress officiel, vous réduirez les risques de vous retrouver avec une usine à gaz.

Quels sont les critères de choix d’un thème WordPress ?

Six critères techniques distinguent un bon thème WordPress : sa présence au répertoire officiel, son caractère généraliste plutôt que spécialisé, ses options de personnalisation natives, sa compatibilité avec l’éditeur de blocs, la légèreté du code qu’il produit et la présence d’un système de hooks. Aucun ne concerne le design, qui se refait, là où la base technique se subit.

S’il fallait résumer les points clés détaillés dans cet article, voici une check-list :

  1. Un thème populaire du répertoire WordPress officiel ;
  2. Un thème généraliste qui ne cible pas de niche particulière ;
  3. Un thème qui propose de multiples options de personnalisation via le Customizer natif ;
  4. Un thème compatible avec Gutenberg et les blocs ;
  5. Un thème qui possède un système de gestion des hooks intégré.

Quel est le meilleur thème WordPress pour la performance ?

GeneratePress est le thème que nous retenons pour nos créations : il charge très peu de code par défaut et laisse le contrôle total sur ce qui est réellement servi. Blocksy, Astra et Kadence constituent des alternatives crédibles sur les mêmes principes. Les thèmes natifs Twenty Twenty-Five restent les plus sobres pour un site simple.

Ces thèmes partagent quatre caractéristiques. Ils chargent quelques dizaines de kilooctets de CSS et de JavaScript, contre plusieurs centaines pour un thème de marketplace ; ils s’appuient sur l’éditeur natif plutôt que sur un constructeur propriétaire ; ils exposent des hooks pour être étendus proprement ; et ils ne chargent une ressource que si elle sert sur la page affichée.

À l’inverse, deux familles de thèmes posent structurellement problème. Les thèmes multi-usages de marketplace, vendus avec des dizaines de démos importables, embarquent tout le code de toutes les démos. Les thèmes couplés à un constructeur de pages ajoutent une couche de rendu supplémentaire : leur poids ne dépend plus de ce que vous utilisez, mais de ce que le thème sait faire.

Un mot sur la nuance qui manque souvent à ce débat : aucun thème ne garantit à lui seul de bons Core Web Vitals. Un thème sobre mal exploité, chargé d’extensions et servi depuis un hébergement mutualisé, sera lent. Le thème fixe un plafond de performance, il ne détermine pas le résultat final.

Faut-il un thème ou un constructeur de pages ?

La question se pose mal : un constructeur de pages n’est pas une alternative au thème, c’est une couche supplémentaire posée par-dessus. Elle apporte un confort d’édition visuel, au prix d’un runtime JavaScript exécuté à chaque affichage. L’éditeur natif de WordPress rend du HTML statique, sans code à exécuter côté visiteur.

Depuis WordPress 5.9, l’éditeur de site permet de composer les gabarits entiers en blocs, header et footer compris, pour les thèmes qui le prennent en charge. Le confort d’édition n’est donc plus l’apanage des constructeurs propriétaires. Le contrôle du balisage reste total côté thème, ce qui est la condition pour tenir des Core Web Vitals serrés.

Quand la bibliothèque de blocs natifs ne suffit pas, des extensions restent dans ce paradigme sans ajouter de runtime lourd. GenerateBlocks est celle que nous utilisons, avec un petit nombre de blocs très configurables et un chargement des styles limité aux blocs réellement présents sur la page. Spectra et Greenshift suivent la même logique.

Le point de vigilance concerne les projets existants. Migrer d’un constructeur vers l’éditeur natif suppose de reconstruire les gabarits, car le contenu produit reste dépendant de l’extension qui l’a créé. Le coût de sortie fait partie du choix initial, et c’est précisément ce qu’on ne mesure pas au moment de l’installation.

Pourquoi certains thèmes chargent-ils deux fois les mêmes fichiers ?

Parce que chaque brique embarque ses propres dépendances. Un thème charge une bibliothèque que le constructeur recharge en interne, deux extensions incluent chacune leur copie de jQuery, trois sliders installent trois versions différentes de la même librairie. Le navigateur télécharge alors le même code plusieurs fois, l’analyse et l’exécute autant de fois.

Le coût est double, comme le rappelle l’audit Duplicated JavaScript des outils Chrome. Les octets dupliqués pèsent sur le poids de la page, mais surtout le thread principal parse et compile le même fichier à répétition, même quand la seconde version écrase la première. Deux versions d’une même librairie peuvent aussi entrer en conflit, réinitialiser un composant ou casser un gestionnaire d’événements.

Le contrôle prend deux minutes : ouvrez l’onglet Réseau des outils de développement, triez par nom de fichier et cherchez les doublons, en ignorant les paramètres d’URL qui servent de cache-buster. Un même chemin apparaissant deux fois est un défaut, jamais une fatalité : il se corrige en retirant la déclaration surnuméraire côté thème.

Ce test mérite d’être fait avant l’achat, sur la démo officielle du thème. Un thème qui charge déjà des doublons sur sa propre vitrine, sans aucune extension tierce installée, annonce ce qu’il produira sur votre site une fois complété de vos plugins et de vos scripts marketing.

Comment vérifier qu’un thème WordPress est rapide ?

Testez la démo officielle du thème dans PageSpeed Insights avant tout achat, en version mobile. Un thème sain affiche un score de laboratoire élevé sur sa propre démo : s’il échoue sur sa vitrine, il échouera sur votre site, où s’ajouteront vos contenus, vos extensions et vos scripts marketing.

Poussez ensuite l’examen sur trois points objectifs. Relevez le nombre de requêtes et le poids total de la page de démonstration ; vérifiez dans l’onglet Réseau si des bibliothèques comme jQuery ou des fichiers d’icônes sont chargés partout ; et regardez si le thème impose un constructeur de pages. Ces trois indices se lisent en cinq minutes, avant tout engagement.

Dernier contrôle, souvent négligé : la fréquence des mises à jour et la réactivité de l’éditeur. Un thème abandonné devient une dette technique et un risque de sécurité, quel que soit son score initial. Un thème maintenu vaut mieux qu’un thème rapide dont le développement s’est arrêté il y a deux ans.

Ces quelques critères de sélection vous permettront d’éviter les erreurs classiques, et de démarrer votre projet de site sur une base saine et solide. Il sera ainsi plus facile de passer les Core Web Vitals (les fameux Signaux Web Essentiels de la Search Console), mais aussi de le maintenir dans des conditions techniques optimales sur le long terme. Ce sera une excellente base pour mettre en place des optimisations SEO, une stratégie de SEA et maximiser vos taux de conversion.

Le choix du thème est l’une des rares décisions d’un projet WordPress qui engage la performance pour toute la vie du site. La reprendre après coup suppose une refonte du front, là où quelques heures de comparaison en amont suffisent à l’éviter.

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